C.F.T.
3 2 1 6 4 1 1

UNE MATINEE HISTORIQUE pour le Centre Français de Tauromachie

Je ne sais plus à quel chiffre me vouer :
   
3 au cartel
   
2 au paseo
    
1 à l'infirmerie
   
6 novillos à combattre
   
4 oreilles coupées
    
1 toro de vuelta
     
1 sortie à hombros
     
1 MATINEE HISTORIQUE pour le Centre Français de Tauromachie
   
Dimanche 15 août, pendant que Rafael PONCE DE LEON coupait, à  la même heure, une forte oreille à la feria de Béziers, 

   
pour ceux qui n'ont pas eu le courage d'affronter la forte chaleur Alésienne, je vais vous raconter :
  
…Tout le monde était "chaud" pour le paseo, sauf le brave Quentin, qui pour des raisons personnelles s'était "tombé du cartel". Mais il était là à la porte de cuadrillas pour soutenir ses amis: Clément HARGOUS et Nino JULIAN en mano a mano …
  
11 h on attend la musique…
   
11h05 on attend toujours… 11h10 le président Camille Martignon debout au palco, lance des signaux désespérés en direction des musiciens qui venaient enfin d'arriver les bras chargés de bouteilles d'eau fraiches presque congelées… il fallait ça pour supporter l'écrasante chaleur sur le tendido !
   
Enfin le paseo s'élance accompagné par les musiciens flamencos qui ont très agréablement et très intelligemment soutenu tout le long, ce spectacle exceptionnel que nous allions vivre.
   
Le premier novillo sort, il est de Joe Gabourdès. Il frappe rageusement dans les 4 burladeros, Clément sort pour tempérer la "rabia" de l'animal, il donne des passes allongées en donnant beaucoup de "sitio" et en baissant les mains. Puis, gagnant le centre, il "remate" sa série de véroniques par une jolie "demie".
Nino, que était venu pour en découdre s'avance fièrement pour faire son quite.
    
Clément prend la muleta, il est nerveux. Le toro est violent. Son courage lui permet de canaliser la fougue de son adversaire. Sa faena est dominatrice. Il conclut d'une épée qui lui vaut une première oreille.
    
Le deuxième novillo colorado également de "La Suerte" est reçu à la cape par Nino.  
Et là tout bascule, Nino est violemment accroché, il fait deux tours en l'air sur les cornes du toro, on craint un grand coup de corne !  Il retombe d'une hauteur de presque deux mètres, les banderillos se précipitent au quite… Nino se relève, il se tient le bras, il nous crie " – j'ai le bras cassé ! ".
Il est porté jusqu'à l'infirmerie où par chance l'attendait le très expérimenté Jean-Yves BAUCHU qui a réduit sa luxation du coude immédiatement, ce qui laisse espérer que la récupération du traumatisme sera plus rapide.
   
Dans le callejón, l'ambiance est devenue très lourde, on se serait dit dans une tranchée pendant la guerre de 14 avant l'assaut. Il fallait rapidement s'organiser pour soutenir Clément qui n'était pas psychologiquement préparé à affronter 6 toros. Marc MONNET et Thomas UBEDA ont efficacement organisé le plan d'attaque.
Les deux élèves annoncés comme sobresalientes ont été embarqués dans l'aventure.
Valentin est sorti au  quite sur 2 toros, comme son "compadre" Gauthier "Finito de Nîmes". Ils ont tenu le coup, Gauthier s'est même aventuré à banderiller.
    
Nous étions tous autour de Clément qui, peu à peu, a pris calmement les choses en main et est allé a mas.
    
Entre chaque toro, nous avons demandé, ce qui n'était pas du luxe, que la piste soit longuement arrosée. Pendant ce temps, nous étions aux petits soins avec Clément, lui versant de l'eau fraiche sur la nuque, sur le visage, l'abreuvant de boissons énergétiques et autres pâtes de fruit, nul doute qu'elles ont eu leur effet puisqu'il coupera une oreille au San Sebastian et une oreille à chaque Barcelo, le cinquième ayant été récompensé du mouchoir bleu.
A la fin, on aurait dit que Clément était prêt à continuer encore, tellement il était heureux, il a transmis sa joie au public qui l'a soutenu et encouragé.
    
Preuve en est, qu'il a reçu par des largas à genoux et qu'il a magnifiquement banderillé et bien tué son sixième toro.
Et c'est avec quatre oreilles en poche, justement méritées qu'il est sorti "a hombros" par la grande porte des arènes du Tempéras, acclamé par un public ravi par son exploit et heureux d'avoir vécu des moments aussi intenses qu'inattendus.
   
Nous ne pouvons terminer cette relation sans saluer le geste exceptionnel de Didier CABANIS qui a programmé une novillada sans picadors de 6 novillos (bien choisis).
     
Comme chacun sait, c'est en arrosant les racines que l'on recueille plus tard les fruits.
    
Le Maestro El RAFI était dans le callejón : il se souvient d'où il vient !
    
(Photo Annie SAUREL)